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  • Photo du rédacteurChloé Giradot-Moitié

Nous vivons une grave crise démocratique

Le gouvernement est dans l’impasse et cherche en continu le passage en force. Il crée ainsi les conditions de la révolte et contribue au rejet de notre démocratie, à la montée de l’extrême-droite, défis face auxquels les élus locaux sont en première ligne.



Monsieur le président,

Mes cher.es collègues,

Se retrouver dans cet hémicycle pour mener à bien le projet pour lequel nous avons été élus est toujours un moment fort et même un honneur. L’honneur de mettre en œuvre nos promesses, l’honneur de faire vivre la démocratie.

Mais, pour les élus locaux que nous sommes, ce sentiment d’engagement et de responsabilité est gâché par la crainte dans laquelle nous plonge la situation actuelle. Mes chers collègues, nous vivons un affaissement démocratique dont nous allons toutes et tous être victimes.

Nous sommes maintenant dans le quatrième mois de mobilisation contre la réforme des retraites et la colère ne faiblit pas. Elle a grossi au fur et à mesure que chacun prenait conscience de la brutalité de la réforme, de son injustice, de son inopportunité.

Mais elle dépasse désormais la question des retraites.

En effet, ce qui agite le pays, exaspère les corps intermédiaires, désespère les parlementaires (y compris dans les rangs de la majorité!), choque l’opinion internationale et révolte la population : c'est un président jupitérien et son gouvernement qui fragilisent notre démocratie.


  • Un président qui revendique une légitimité qu’il n’a pas. On ne peut ignorer qu'une grande partie des électeurs ont fait un vote barrage lors du second tour et le score de son parti aux législatives démontre la réticence du corps électoral à soutenir son programme

  • Une opposition résolue et unanime du monde du travail et des syndicats qui ont été humiliés

  • Un énième 49.3 qui a écrasé la représentation nationale

  • Tous les sondages le montrent : une large majorité des Françaises et des Français rejettent la réforme. Le mouvement social est massif et a battu des records de participation dans tout le Département. À Nantes et Saint-Nazaire bien sûr mais aussi à Chateaubriant, Ancenis, Clisson, Savenay, Pontchâteau, à Pornic et même à La Baule le week-end dernier !

À vouloir imposer sa volonté par la force, en refusant d’écouter toutes les formes d’expression dont le peuple dispose, le gouvernement crée les conditions de la révolte et de la violence. La violence évidemment je la condamne. Mais l’incendie social et les violences étaient prévisibles. Pire, le ministre de l’intérieur semble vouloir attiser cette révolte.

Des manifestations sont interdites arbitrairement, réprimées. Sous le coup d’une prétendue fatigue, les forces de l’ordre suréquipées tirent sur les manifestants avec des munitions mutilantes sans respect des procédures, les insultent, les menacent, les intimident.

Au lieu de prendre acte de ce ces dérives et de les condamner, c’est la surenchère.

Aussi, lorsque le gouvernement est sommé de s’expliquer sur les plaintes de 4 étudiantes nantaises qui témoignent avoir subi une agression sexuelle commise par des policiers en marge des manifestations, le ministre de l’intérieur fait justement applaudir les forces de l’ordre par l’assemblée nationale, comme s’il ne s’agissait même pas d’une faute.

C’est inquiétant pour la démocratie et cela va bien au-delà du conflit sur les retraites, rien que ces derniers jours c’est également les menaces à l’encontre de la Ligue des droits de l’Homme

ou encore les attaques et l’attentat criminel contre le maire de Saint-Brevin Yannick Morez, à qui je renouvelle notre soutien, et qui n’a reçu ni soutien ni protection de l’Etat

Et on ne peut malheureusement pas se rassurer sur le rôle de contre-pouvoir que les médias pourraient avoir dans la société. Aujourd’hui 10 milliardaires possèdent des médias qui représentent 90% des ventes de quotidiens nationaux vendus, 55% de l’audience des télés, et 40% de celle des radios. Vous avez-dit démocratie?

Le système politique dans lequel je vis s’éloigne progressivement du modèle démocratique français tant vanté dans mes cours d’éducation civique. Et Jupiter souffle sur les braises.

Cet affaiblissement de la démocratie, je le disais, nous en sommes les victimes. Des digues tombent et les élus locaux sont en première ligne, face aux citoyens pour essayer de colmater les brèches. Pour essayer chaque jour de rendre concrète la promesse républicaine, d’égalité, de liberté, de démocratie, pour essayer de retisser patiemment les liens rompus entre les citoyens, citoyennes et les institutions censées les représenter. Non, nous ne sommes pas "tous pourri", non la politique ce n'est pas cela.

Face à la pratique verticale du pouvoir nous devons défendre les corps intermédiaires, les contre-pouvoirs et le débat d’idées.

Nous devons pouvoir offrir des espaces et lieux de délibérations qui ont tant manqué afin que l’initiative citoyenne puisse réellement déboucher sur de l’action politique.

Car la vitalité démocratique est là ! de la ZAD aux conventions citoyennes, en passant par les manifestations, les pétitions ou les actions en justice intentées par des associations. La cité vit, débat, s’exprime, conteste et propose. Mais elle est régulièrement piétinée ou étouffée.

Quand les corps intermédiaires ne sont plus écoutés, quand un mouvement social historique est ignoré et que le 49.3 devient un mode de fonctionnement vers quoi se retourner?

La Fondation Jean Jaurès publiait la semaine dernière une étude qui montre une envolée spectaculaire du RN avec une progression de plus de 7 points.

Prenons-nous vraiment la mesure des basculements qui s'opèrent ? Quelles actions devrions nous entreprendre aujourd’hui pour faire face à ces graves dérives qui nourrissent la montée du RN ? Je le crois, dans cet hémicycle, nous sommes capables de travailler de concert pour renforcer la démocratie, faire vivre le pluralisme et les débats . Nous avons du travail, nous y sommes aujourd’hui et vous pourrez compter sur le groupe Écologiste.







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