Mobilisation aux côtés du collectif Colere Nantes contre le projet de Centre de Rétention Administratif (CRA)
- Groupe écologiste de Loire-Atlantique

- 19 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 minutes
𝗟𝗲 𝗴𝗿𝗼𝘂𝗽𝗲 𝗲́𝗰𝗼𝗹𝗼𝗴𝗶𝘀𝘁𝗲 𝟰𝟰 𝘀𝗲 𝗺𝗼𝗯𝗶𝗹𝗶𝘀𝗲 𝗮𝘂𝘅 𝗰𝗼̂𝘁𝗲́𝘀 𝗱𝘂 𝗰𝗼𝗹𝗹𝗲𝗰𝘁𝗶𝗳 Colere Nantes - CRA ni ici ni ailleurs 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗷𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝗖𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗿𝗲́𝘁𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗮𝗱𝗺𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁𝗿𝗮𝘁𝗶𝗳 𝗮𝘂 𝗖𝗵𝗮𝗺𝗽 𝗱𝗲 𝗠𝗮𝗻œ𝘂𝘃𝗿𝗲 𝗮̀ 𝗡𝗮𝗻𝘁𝗲𝘀

Rappel des éléments relatifs au projet :
En octobre 2022, le ministère de l’Intérieur annonçait sa volonté de construire un Centre de Rétention Administrative (CRA) dans le département de Loire-Atlantique. L’implantation doit se faire à proximité directe du centre pénitentiaire situé à la limite avec Carquefou, dans le futur quartier Champ de Manoeuvre.
Il se trouve que la parcelle retenue est une tête de bassin versant (une interface entre plusieurs bassins versants) et donc une zone humide. De fait, pour pouvoir construire le CRA, la préfecture est obligée de mettre à disposition le dossier auprès du public, pour ensuite faire déclarer le projet comme “projet d’intérêt général” et passer outre les protections
environnementales existantes.
Nous élu·es écologistes au conseil départemental de la Loire Atlantique, nous opposons à la construction du centre de rétention administratif de Nantes, et considérons que ce projet ne peut pas être considéré comme d’intérêt général.
Nos arguments : ⬇️
1/ Les centres de rétention administratif sont des structures de privation de liberté aux conditions d’enfermement indignes et déshumanisantes, inconciliables avec la notion d’intérêt général
Les centres de rétention administratifs, destinés à enfermer des hommes et des femmes de nationalité étrangère “sans papiers”, sur décision administrative du Préfet, dans l’attente de leur renvoi du territoire français en France sont réputés pour connaître des conditions d’enfermement indignes et déshumanisantes. Différents avis d’autorités administratives indépendantes, des témoignages d’élu·es et d’associations, ainsi que les condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’Homme le confirment :
- La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, en 2023 1 dénonçait les conditions indignes de rétention et tout particulièrement des « atteintes à l’intimité et à la dignité ».
- La Défenseure des droits dénonçait quant à elle des locaux insalubres, peu d’activité possible, une faible autonomie des personnes, des lieux anxiogènes lié notamment à l’angoisse de l’expulsion pouvant arriver de jour comme de nuit, une forte dégradation de la santé mentale des personnes, un accès aux droits difficile, des violences…
Ces différents témoignages semblent inhérents à l’ensemble des centres de rétention administratifs en France. Ainsi, même le centre de rétention administratif de Lyon Saint Exupéry, pourtant inauguré en 2022 et censé représenter un « projet pilote » devant être dupliqué en France, a généré des conditions de détention indigne.
La député écologiste Marie Charlotte Garin et le sénateur écologiste Thomas Dossus corroboraient ces éléments lors d’une visite du centre, en faisant état d’une insuffisance de nourriture pour les prisonniers, d’un isolement total des enfermés, ainsi que d’un environnement anxiogène, propice à créer des situations de détresse psychologique et de détérioration de la santé mentale pour les enfermé·es. Ce témoignage étaye les données nationales sur l’augmentation des suicides et de tentatives de suicides3 ces dernières années en centre de rétention administrative. Pour rappel en 2023 et 2024, 8 personnes sont décédées au sein d’un CRA.
Pour toutes ces raisons, il ne saurait être envisageable de procéder à l’implantation d’un CRA à Nantes alors même que ces lieux sont propices à des situations de violences et de maltraitance ainsi qu’à la détresse psychologique. Ces situations se répètent dans l’ensemble des CRA nationaux, quel que soit leur état de vétusté, et sont inhérentes à la philosophie même de ces centres liberticides. Nous ne saurions tolérer qu’un tel lieu de privation de liberté, déshumanisant et indigne et puisse voir le jour sur notre territoire.
Parce que les centres de rétentions administratifs sont en France inexorablement des lieux liberticides aux conditions d’enfermement indignes et déshumanisantes, le projet de centre de rétention administrative de Nantes ne saurait être qualifié de projet
« d’intérêt général ».
2/ Le projet de centre de rétention administratif de Nantes dessert une politique de dissuasion des chercheur·euses de refuge violente, inefficace et chère, ainsi que des amalgames racistes
Nous tenons à rappeler ici que les CRA servent à enfermer des personnes qui n’ont ni commis de délit, ni de crime, et contre lesquelles aucune peine d’enfermement n’a été prononcée. Ainsi, ces centres qui peuvent concerner l’ensemble des personnes faisant l’objet d’une mesure d’éloignement, sont remplis sur simple décision administrative du préfet, sans
jugement préalable, et le plus souvent sans fondement puisqu’en 2023, près de la moitié des arrêtés portant placement en centre de rétention administrative ont été annulés par le juge judiciaire4. En 2024, sur les 14 467 personnes sorties des CRA de l’Hexagone, 8 335 ont finalement été libérées, soit près de 60% d’entre elles. . Ces chiffres témoignent de l’inefficacité manifeste des CRA, mais également du caractère inopportun des décisions d’enfermement. On peut donc se questionner sur le but réel de ce dispositif, qui ne fait que traumatiser des chercheurs et chercheuses de refuge et les plonge un peu plus dans la précarité.
Malgré ces éléments, l’État, englué dans une situation budgétaire difficile, semble disposé à allouer plus de 36 millions d’euros à la construction du CRA de Nantes, et ce, sans que ne soient compris les salaires des personnels affectées : allouer une telle somme d’argent pour un lieu qui n’engendre que violence et détresse psychologique représente un choix politique absurde, alors que nous pourrions réorienter ces moyens vers une politique migratoire d’accueil et d’accompagnement digne.
La construction de ce lieu d’enfermement ne semble destinée qu’à poursuivre une politique du chiffre totalement décorrélée des enjeux humains, à l’image de la politique de systématisation des OQTF, décriée par la Cour des comptes dans un rapport de janvier 2024.
Ce projet fait la part belle aux amalgames racistes qui opèrent un lien entre immigration et insécurité alors même que de nombreuses études réalisées dans différents pays concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance.. Il vise, à terme à prolonger la politique répressive du gouvernement inspirée de l’extrême droite envers les chercheur·euses de refuge.
Parce que le projet de centre de rétention administratif de Nantes dessert une politique du nombre violente, inhumaine et chère, ainsi que les amalgames racistes, alors même que nous pourrions allouer ces moyens en faveur d’une politique migratoire d’accueil et d’accompagnement digne, le projet de centre de rétention administrative de Nantes ne saurait être qualifié de projet « d’intérêt général ».
3/ La parcelle envisagée pour construire le CRA est une tête de bassin versant, aussi zone naturelle de grande qualité, abritant des arbres remarquables et protégés.
En plus de créer un lieu d’enfermement vecteur de déshumanisation et d’amalgames racistes,
le projet de CRA Nantais se distingue par son emplacement prévisionnel, sur une zone humide cruciale pour la biodiversité. Pourtant, le règlement du SAGE Estuaire protège les zones humides et sa règle n°2 interdit en principe toute atteinte aux zones humides en tête de bassin versant. Enfin, il existe sur la parcelle un espace boisé classé (EBC) au Plan Local d’Urbanisme métropolitain le long de la rue de la Mainguais. Ce classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements existants. Or, de nombreux arbres et végétaux ont déjà été arrachés sur place.
Parce que le projet de centre de rétention administratif de Nantes détruira l'un des derniers poumons verts de Nantes Erdre, ce projet ne saurait être déclaré d’intérêt général.
Notre contribution à retrouver en PDF ci-dessous : ⬇️
Pour participer à la consultation avant le 5 janvier : ⬇️
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